«La main la plus belle que je connaisse de l’art»
Antonello da Messina, Annunciata
Œuvre spéciale

«La main la plus belle que je connaisse de l’art»

L’œuvre du peintre messin, parmi ses plus célèbres, est la pièce maîtresse des collections de la Galleria Regionale della Sicilia – Palazzo Abatellis à Palerme. Cette œuvre, en plus d’être d’une beauté à couper le souffle, est célèbre pour sa représentation extrêmement originale ; une véritable rupture avec l’iconographie classique de l’Annonciation.   Antonello da …

Di Fabrizia Maselli Mis à jour le 5 min de lecture

L’œuvre du peintre messin, parmi ses plus célèbres, est la pièce maîtresse des collections de la Galleria Regionale della Sicilia – Palazzo Abatellis à Palerme.

Cette œuvre, en plus d’être d’une beauté à couper le souffle, est célèbre pour sa représentation extrêmement originale ; une véritable rupture avec l’iconographie classique de l’Annonciation.

 
Antonello da Messina, Annunciata, vers 1475.

L’Annonciation italienne

Le jour de l’Annonciation a été fixé par l’Église neuf mois avant Noël, c’est-à-dire le 25 mars. L’Annonciation est le dialogue entre Marie et l’ange Gabriel qui lui annonce que, parmi toutes les femmes, c’est elle qui a été choisie pour donner naissance au fils de Dieu.

L’iconographie de l’Annonciation voit la présence des deux protagonistes : Marie et l’ange Gabriel.
D’ordinaire, l’ange se trouve à une distance respectueuse de Marie et ils sont souvent séparés par un détail architectural tel qu’une colonne, un muret ou une porte. Cette distinction des espaces est un procédé que les peintres utilisaient pour marquer le passage de l’espace divin à l’espace humain.

Marie est généralement peinte à l’intérieur d’une pièce ou à l’abri d’un loggia, occupée à lire un livre, un clair référent à la prière et à la méditation qui l’ont préparée à la venue de Dieu.
En arrière-plan, une ouverture (une fenêtre, une porte, un arc, etc.) donne sur un jardin fleuri, symbole du paradis perdu mais surtout de la virginité de Marie ; le fameux hortus conclusus.

 
 
Beato Angelico, Annunciazione, 1435
 

Dans la célèbre Annunciazione de Beato Angelico, la surface de l’œuvre est divisée en trois zones clairement distinctes par des éléments architecturaux : le jardin, l’arcade de l’Ange et l’arcade de la Vierge. Cela souligne trois espaces temporels différents.

En haut à gauche, un rayon de lumière divine traverse la colombe de l’Esprit Saint et illumine la Vierge, qui, soumise, accepte sa mission.
En arrière-plan, l’expulsion d’Adam et Ève du Jardin d’Éden, symbole de la damnation de l’humanité qui sera sauvée par l’avènement du Christ rendu possible par l’acceptation de Marie.

La symbolique de l’Annonciation

Comme chaque tableau à sujet religieux, l’Annonciation respecte des codes bien précis et les objets représentés ont une forte valeur symbolique : le lecteur et le livre sont des références à la prière ; Marie porte un manteau bleu, symbole de spiritualité et de contemplation. Tandis que le rouge de sa robe est symbole de charité et allusion à la passion du Christ ; le lys qui apparaît souvent dans la main de Gabriel, est symbole de pureté, de grâce, et de la maternité virginale de Marie.

La révolution d’Antonello da Messina

L’Annunciata d’Antonello da Messina représente une véritable révolution tant pour l’iconographie que pour la manière dont la figure de Marie est traitée.

Antonello da Messina, Annunciata, vers 1475.

Contrairement aux plus communes annonciations, l’artiste représente Marie seule ; ou plutôt, apparemment seule.
Le léger souffle de vent qui écarte les pages du livre posé sur le lutrin est en effet le signe de l’arrivée de l’archange qui fait bouger l’air autour de lui.
Bien qu’il ne soit pas représenté, il est possible de percevoir la présence de l’archange Gabriel qui, venu lui annoncer la naissance de Jésus, est juste là, devant elle : en dehors de la composition, à la position où nous nous trouvons tous, nous qui observons le tableau.

Dans l’œuvre d’Antonello da Messina, nous retrouvons seulement deux des objets typiques de ce genre de représentation : le livre et le lutrin. Le cadrage cinématographique ne laisse pas de place à autre chose que le jeune visage de Marie, que l’artiste représente comme une mariée enfant.

«la main la plus belle que je connaisse de l’art»

 
 
Antonello da Messina, Annunciata
 

Marie est prise au dépourvu et effrayée : la main, tendue en avant, semble presque vouloir bloquer le message de l’ange par un sursaut de pudique surprise mais aussi d’interrogation.

Avec ce léger mouvement de la main, on dirait que Marie dit à l’ange de ne pas aller plus loin, car elle n’était pas préparée à cette rencontre.

Nous ne pouvons que convenir avec Longhi lorsqu’il affirmait que cette petite main effilée était «la main la plus belle que je connaisse de l’art»

En réduisant au maximum la présence d’objets faisant référence au divin et en se concentrant sur la délicatesse du moment narré, Antonello da Messina a été le peintre qui, plus que tout autre, a réussi à relever le plus grand défi imposé par la peinture : réussir à représenter l’imprévisible, l’invisible, c’est-à-dire le mystère de l’incarnation.

C’est une œuvre que nous, chez Artsupp, aimons tout particulièrement et nous sommes fiers de pouvoir vous l’offrir en haute qualité ! Vous la trouverez en effet sur le profil de Palazzo Abatellis, l’un des 500 musées partenaires officiels de Artsupp, il suffit de cliquer sur l’image pour l’admirer en haute définition dans toute sa splendeur !

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