Combien d’entre nous, en ouvrant un livre d’histoire sur le chapitre consacré à la Renaissance, sont tombés sur l’œuvre dont nous allons parler aujourd’hui ? Avec L’homme vitruvien de Leonard de Vinci, Città ideale est par excellence le symbole, sinon même l’iconographie, de la Renaissance italienne.

Città ideale, utopie de la Renaissance
Le thème de la città ideale traverse la Renaissance tout au long de son développement. Après les siècles sombres du Moyen Âge, caractérisés par le pouvoir écrasant de l’Église et la conviction absolue que Dieu était tout et l’homme rien, la culture renaissante place l’homme et son agir rationnel au centre de ses intérêts. Ainsi, l’homme renaissant, libéré des lourdes contraintes du Moyen Âge, se réaffirme en tant que artisan de sa propre existence.
Cette nouvelle centralité de l’homme prend également forme dans l’organisation des espaces urbains, repensant la ville sous un angle unitaire et proportionné. La città ideale de la Renaissance, gouvernée par les lois absolues de la géométrie et de la proportion, est un véritable hymne à l’homme et à la centralité de son intellect.
Se posant la question d’adapter la ville existante aux nouvelles exigences, dans la première moitié du XVe siècle, Leon Battista Alberti, architecte, écrivain, mathématicien et humaniste, codifie une nouvelle pratique de l’architecture et de l’urbanisme. Partant de l’étude de l’antiquité et de la mesure des monuments anciens, le traité d’Alberti pose les bases de nouveaux types de bâtiments modernes. Les peintres, à leur tour, s’approprient ces indications et dans leurs tableaux, les scénarios renaissants, chargés de citations classiques, sont composés dans une harmonie idéale.
L’œuvre du Palazzo Ducale d’Urbino
Un exemple frappant de cette conception humaniste est l’œuvre Città ideale, conservée à la Galleria Nazionale delle Marche à Urbino.
Le tableau représente les idéaux de perfection et d’harmonie de la Renaissance italienne, dans la forme ordonnée et symétrique d’une ville qui est représentée selon les principes scientifiques de la perspective centrale. Au premier plan, de chaque côté, se trouvent deux puits avec des gradins à base octogonale, placés de manière parfaitement symétrique. Un grand bâtiment religieux à plan circulaire domine la scène. Un baptistère ? un mausolée ? Qui sait.

Pour accentuer la vision perspective, les façades des palais seigneuriaux renaissants qui délimitent la place. À la parfaite perspective géométrique, s’ajoute un choix de couleurs tout aussi raffiné : des bâtiments gris-bleus, d’autres de teinte orangée. Pour augmenter la sensation de paix éternelle et de silence, l’absence absolue de toute figure humaine.
En observant attentivement l’œuvre, on perçoit combien les indications de Leon Battista Alberti en matière d’architecture avaient été assimilées par les artistes. Dans son traité De re ædificatoria, Alberti identifie les éléments stylistiques du répertoire classique à reprendre : grands arcs rappelant ceux de triomphe, piliers, colonnes, larges coupoles ; tous des éléments que l’on retrouve dans l’œuvre conservée au Palazzo Ducale d’Urbino.
Une œuvre mystérieuse
Un voile de mystère enveloppe cette œuvre que nous connaissons tous si bien mais dont, en même temps, nous savons si peu. De auteur resté inconnu, on sait seulement qu’elle a été réalisée entre 1480 et 1490 à Urbino à la cour de Frédéric de Montefeltro et qu’elle appartenait très probablement à la famille ducale. On dit que Élisabeth de Montefeltro, fille de Frédéric, aurait pu emporter le tableau avec elle lorsqu’elle est entrée au Monastère, après être devenue veuve en 1482.
Sa fonction soulève également des doutes et des conjectures. Certains disent qu’elle était utilisée comme un dossier en bois d’un meuble, ou même comme modèle pour une scénographie.
Città ideale : les autres versions
Saviez-vous qu’il existe deux autres versions de “Veduta di città ideale”, dont une conservée au Walters Art Museum de Baltimore, attribuée au même auteur que le tableau urbain.

L’autre, différente des deux autres par son style et ses couleurs, est conservée à la Gemäldegalerie de Berlin.

Avant d’aller l’admirer en personne au Palais Ducal d’Urbino, sur Artsupp, vous pouvez voir en haute définition tous les détails de l’œuvre Città ideale.
Découvrez la Città ideale et toutes les autres œuvres au Palais Ducal d’Urbino ! Cliquez ici !
Continuer la lecture
Madonna del Parto de Piero della Francesca : histoire, signification et comment la voir à Monterchi
Mis à jour en 2026
La Résurrection du Christ de Titien
Mis à jour en 2023
Madone avec enfant et Saint Jean-Baptiste
Mis à jour en 2023